Accueil » VII. Fortune critique

Il n’est pas facile d’esquisser la fortune critique de Jules Renard ; on voit comment peu à peu il forge une image qui est relayée par ses amis — très tôt on s’aperçoit (non sans envie) qu’il va devenir un « classique » —, un premier livre paraît sur lui en 1909. Dans une deuxiè- me période, de 1910 à 1940, l’image devient plus floue, la publication du Journal réveille quelques inimitiés, on polémique en 1938-1939 sur la part détruite du Journal, qui passe vite pour son chef d’œuvre ; la thèse de Léon Guichard en 1935 était fort audacieuse à cette date, elle permet de mieux voir l’ensemble de l’œuvre. De 1940 à aujourd’hui, on constate un réveil éditorial de 1960 à 1970 à l’occasion du centenaire de la naissance de Renard : on republie la correspondance (1954), le Théâtre complet (1959), le Journal et les Œuvres entrent dans la Bibliothèque de la Pléiade en 1960 et 1970-1971. Malheureusement ce réveil n’eut qu’une courte durée ; l’histoire littéraire — pour d’obscures raisons — se détour- ne de Renard (on ne trouve qu’une seule thèse importante en 1978), aucune bonne biographie n’est publiée, le Colloque de 1990, voulu par François Mitterrand, n’est suivi d’aucun effort de recherche : aujourd’hui on est obligé de constater un certain délaissement de Renard au niveau de l’enseignement supérieur (Renard n’a jamais figuré au programme de l’agréaga- tion...).
Nous voudrions donner une vue cavalière de cette fortune critique, mais toute simplification serait dangereuse (aussi publions-nous quelques extraits de critiques importantes). Il est impos- sible, hélas, de tout citer : nous avons été obligé de faire des choix sévères.